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Liszt — au-delà de la virtuosité

On présente souvent Liszt comme le compositeur de la virtuosité. Pour moi, si on s'arrête à cela, on passe à côté de l'essentiel.

Liszt impressionne immédiatement.

Il y a beaucoup de notes, une virtuosité incroyable, des passages extrêmement difficiles. Quand il était jeune, il avait énormément de succès, et on le compare souvent à Paganini.

Tout cela est vrai.

Mais pour moi, Liszt est beaucoup plus profond que cette image.

J'aime bien prendre une image très simple.

Imaginez une très belle pomme rouge. Elle est ronde, brillante, parfaite. On la pose sur une table et tout le monde peut dire : « Elle est magnifique. »

Mais tant qu'on ne la croque pas, on ne sait pas vraiment ce qu'elle est.

On ne connaît pas son goût. Peut-être qu'elle est sucrée, peut-être un peu acide. Il faut entrer à l'intérieur pour découvrir sa véritable saveur.

Pour moi, Liszt, c'est un peu pareil.

L'extérieur séduit immédiatement. Mais quand on travaille vraiment sa musique, on découvre derrière cette virtuosité quelque chose de beaucoup plus fragile, humble et spirituel.

Avec mon professeur Théodor Breu, j'ai passé énormément de temps à essayer de comprendre cette musique. C'est particulièrement avec Liszt que j'ai appris à sentir le relief d'une œuvre.

J'ai souvent l'impression que Liszt raconte un roman.

Il peut y avoir quelque chose de dramatique, de très bouleversant. Puis soudain tout devient calme. Il reste très peu de notes.

Et quelquefois, j'ai l'impression que le ciel s'ouvre.

Une lumière arrive doucement.

C'est très difficile à expliquer, mais je ressens souvent cela chez Liszt.

Il peut nous emmener très loin dans la douleur, dans le doute, dans quelque chose de gigantesque, mais il ne nous abandonne pas là.

À la fin, je retrouve très souvent une forme d'espérance.

Et c'est là que la virtuosité prend pour moi un autre sens.

La première technique, c'est la technique physique : être capable de jouer toutes ces notes. Elle est indispensable.

Mais après, il y a une deuxième technique.

Et celle-là est beaucoup plus intéressante.

Comment faire oublier toutes ces difficultés pour que l'esprit de la musique puisse parler ?

Si on ne cherche que l'effet, Liszt peut très vite devenir excessif. On peut impressionner énormément et finalement ne rien dire.

Mais lorsqu'on va plus loin, toute cette grandeur peut au contraire nous rendre très petits.

Presque à genoux devant quelque chose qui nous dépasse.

C'est ce Liszt-là qui me touche.

Pas seulement le pianiste brillant, le séducteur ou le virtuose.

Mais un homme qui cherche quelque chose de plus profond et qui, après beaucoup de bruit, beaucoup de passions et beaucoup de vie, est capable de nous laisser avec quelques notes très simples.

Et souvent, derrière ces quelques notes, je vois de la lumière.

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